L'inflation impacte fortement le cloud

Les entreprises ont du mal à maîtriser leurs coûts de services cloud. Nous expliquerons ce qui se cache derrière les hausses soudaines des prix, comment la géopolitique remodèle l'économie de l'informatique et comment le FinOps, le multicloud et le green IT peuvent être des solutions.

Comme pressenti depuis plus d’un an, la hausse du prix de l’électricité chamboule financièrement le marché du cloud. Lorsqu’on sait que 1% de la consommation électrique mondiale est à mettre sur la note des datacenters, on réalise que le coût de l’électricité représente un enjeu important pour ce secteur.


L’inflation touche directement le marché du cloud

Le précédent exercice a été le théâtre d’une augmentation notable du coût de l’énergie, passé de 50 euros à 222 euros le mégawattheure entre janvier et décembre 2022. Cette hausse impacte directement le coût d’exploitation des services liés au numérique, dont le cloud. Résultat, les hébergeurs français ont annoncé une hausse de leurs tarifs à partir des prochaines renégociations de contrat. Certains professionnels sont particulièrement inquiets de cette tendance et pensent que le prix de l’électricité va encore augmenter, au moins en 2023, on parle même de cloudflation pour décrire le phénomène

Du haut de leurs statuts, les hyperscalers (Microsoft et Amazon) annoncent également l’augmentation imminente de leurs tarifs concernant le cloud. Seul Google se dit non impacté sur ce volet à date, bien que ses tarifs aient évolués au 1er octobre 2022 mais motivé la volonté de de fournir « des modèles et des options de tarification plus flexibles »

Bien que l’Etat ait prévu des dispositifs permettant aux fournisseurs cloud de minimiser leurs frais d’exploitation, notamment l’ARENH (Accès réglementé à l'électricité nucléaire historique) et les avantages fiscaux réservés aux entreprises œuvrant dans les secteurs ultra-intensifs concernés par la numérisation de l’économie française, ces entreprises doivent se tourner vers des solutions plus efficaces. D’une manière générale, ce sont les acteurs européens du secteur qui pâtissent le plus de ce contexte inflationniste, ce qui devrait accentuer la baisse de leur part de marché, passée de 27 à 13% en 5 ans, au profit des géants américains du secteur.


Le Green IT, l’avenir du cloud computing ?

Vu les nouvelles recommandations en matière de sobriété énergétique, le Green IT se présente comme un modèle pertinent pour l’avenir de la tech. L’importance de la consommation d’électricité des datacenters est représentative du phénomène que l’on nomme pollution numérique. Le mouvement Green IT vise l’impact zéro, ou presque, mais pour l’heure, on serait tenté de dire que cela relève de l’utopie. Il faut bien commencer quelque part et selon les observateurs, les fournisseurs cloud sont les premiers à devoir s’y mettre bien qu’ils ne soient pas les fers de lance de cette démarche. En effet, les cloud providers occupent une place centrale dans la mise en œuvre du Green IT dans la mesure ou les entreprises migrent leurs données et leurs outils de plus en plus massivement vers le cloud.

Pour ce faire, les fournisseurs doivent commencer par revoir la conception des datacenters. Certes, les datacenters ont déjà fait du chemin pour réduire leur emprunte carbone, les entreprises qui proposent des services cloud doivent réaliser de l’écoconception. Cela se traduit par l’adoption de pratiques qui vont encore plus loin en termes de durabilité par rapport aux méthodes actuelles. On peut parler de l’alimentation par les sources d’énergies renouvelables, l’usage de matériaux recyclés, la mise en place de ventilation et d’isolation naturelles, etc. A noter, les projets de serveurs immergés en bain d’huile, tel que DiveIT, qui passe par la suppression de l’élément le plus énergivore, la climatisation, réduit l’emprise au sol et limite le besoin de foncier et réutilise la chaleur pour d’autres usages collectifs, un véritable cercle vertueux.

Avec ces démarches, non seulement les fournisseurs cloud seront capables de proposer des tarifs plus attrayants, les entreprises clientes prioriseront les prestataires les plus écoresponsables pour leurs propres démarches RSE. Attention toutefois à ne pas sombrer dans le greenwashing…


Place au multicloud et au FinOps

Du point de vue entreprise, le multicloud est une option qui a fait ses preuves ces dernières années. 9 entreprises sur 10 qui sollicitent plusieurs fournisseurs à la fois confirment l’efficacité de cette pratique. Elle permet de mieux contrôler les dépenses puisqu’elle met les entreprises en position de négocier. Un fournisseur qui sait pertinemment que son client voit également ailleurs se risquera moins d’abuser de l’excuse inflation pour gonfler outre-mesure ses prix. En outre, le multicloud permet de ne solliciter que les produits et ressources nécessaires pour l’entreprise, lui permettant de mieux rationnaliser sa demande en fonction des besoins réels. Cela étant dit, le multicloud n’est pas facile à adopter et il requiert l’accompagnement d’experts DevOps.

Intégrer les financiers de l’entreprise dans la définition/validation de la roadmap cloud, semble donc plus que jamais primordial à l’heure de la cloudflation. Avec notamment une feuille de route FinOps ayant pour missions :

1. Contrôle : des ressources, performances et de la facturation Cloud

2. Compréhension : pour une aide à la décision en connaissance de cause, technique et financière

3. Optimisation : des ressources sous-utilisées, de la répartition des charges, de la priorisation

4. Adaptation : facturation mensuelle en regard de la stratégie, des besoins associés et des offres


Par Baptiste.casnedi