Quand le développement durable devient un moteur du cloud

Consommant 4% de la production électrique mondiale, l'impact des datacenters et du cloud est loin d'être neutre d'un point de vue environnemental. Quelques heureuses initiatives privées et un cadre législatif favorisant la transparence, permettent de faire du développement durable un argument en faveur du cloud, au même titre que ses atouts financiers et technologiques.

Malgré quelques ombres au tableau comme la désillusion autour du projet de souveraineté européenne, le marché du cloud est en plein essor. Dominé par Amazon, Microsoft et Google, respectivement numéros 1, 2 et 3 mondiaux, le secteur est depuis récemment plébiscité pour ses « vertus » environnementales. La minimisation de l’empreinte carbone est au centre des discussions dans tous les secteurs importants en 2021, le numérique n’échappe pas à la tendance. Être écoresponsable devient même un avantage concurrentiel de premier ordre pour certains acteurs du cloud.


Le Cloud pour réduire l’empreinte environnementale du numérique ?

Pour lutter contre le réchauffement climatique et pour réduire le gaspillage des ressources naturelles, les entreprises de tous les horizons doivent devenir « plus vertes ». Comme l’a bien souligné le vice-président d’IDC lors d’un webinaire, « le développement durable devient un moteur » de migration vers le cloud.

Si à ses débuts, le cloud computing a beaucoup inquiété en raison de ses conséquents besoins énergétiques, notamment au niveau des datacenters, ceci a beaucoup évolué au cours de la dernière décennie. Outre son image d’important levier technologique et financier, le cloud affiche désormais des avantages environnementaux certains. De nos jours, le cloud permet de réduire la consommation énergétique, les émissions de gaz à effet de serre et les déchets informatiques.

En effet, le cloud repose sur le concept de partage des ressources, donc de leur rationalisation. Les datacenters modernes consomment beaucoup moins d’énergie que par le passé. Dans le monde entier, ils consomment « seulement » l’équivalent de 4% de la production d’électricité à l’échelle mondiale, soit environ 415 térawatts. Le cloud est donc beaucoup moins énergivore que les configurations classiques en local.


Quand la loi s’en mêle

Pour que le numérique soit plus vert dans un futur proche, il convient d’en mesurer les retombées environnementales en se basant sur des données chiffrées et fiables. En France, une loi a été adoptée le 13 décembre dernier pour « renforcer la régulation environnementale du numérique ». Tous les acteurs numériques français doivent fournir à l’ARCEP des données permettant d’évaluer notre empreinte numérique à l’échelle nationale. Seul bémol, les GAFAM ne sont pas soumis à cette loi, ce qui complique l’obtention de données proches de la réalité, sachant que 70% du marché européen du cloud est dominé par ces multinationales. Cela étant dit, la France peut saisir assez rapidement l’occasion d’exiger leur consentement sachant qu’elle assure la présidence de l’Union Européenne à partir du 1er janvier 2022.


Les datacentes d’OVHCloud vont carburer au solaire

OVHcloud, le leader français du cloud et l’un des acteurs majeurs du Vieux Continent a récemment signé un contrat avec EDF Renouvelables pour un partenariat sur 15 ans débutant en 2024. Durant cette période, EDF fournira de l’énergie décarbonée à OVHcloud grâce à une centrale solaire située dans le sud de la France. Cette installation alimentera quelques-uns des 16 datacenters répartis sur quatre sites. François Sterin, le Chief Industry Officer d’OVHcloud de déclarer :

« Nous sommes donc ravis de poursuivre cette histoire avec un partenaire tel qu’EDF Renouvelables pour sécuriser notre approvisionnement en énergie sur le long terme de manière compétitive et responsable. »

En 2020, alors que l’entreprise s’apprêtait à entrer en bourse, elle avait mentionné dans son document de présentation que 79% de sa consommation électrique reposait sur les énergies renouvelables. L’entreprise de Roubaix ambitionne d’atteindre les 100% en 2025. Un exemple à suivre pour tous les acteurs du cloud.


Ecoresponsabilité et résilience numérique

L’histoire nous a appris que la mise en place d’un plan de reprise et de continuité d’activité est vitale pour les entreprises. Le débat est souvent houleux entre les dirigeants pour le choix de l’implantation physique des solutions de repli. Si certains défendent avec véhémence l’idée qu’un second site distant et dormant serait une solution trop énergivore, d’autres insistent sur les risques liés à une installation sur un même site. La solution pourrait se trouver à la convergence des intérêts : mettre en place un site distant alimenté par les énergies renouvelables.

L’entreprise française Adista, en partenariat avec Datafarm Energy, montre le bon exemple en déclarant le lancement du premier datacenter qui carbure aux biodéchets. Cette source d’énergie renouvelable sera principalement utilisée pour la production de froid. L’usage du biogaz, qui est intermittente, devrait offrir une autonomie totale au datacenter. La mise en œuvre du projet est prévue pour 2022.

On espère que ces initiatives inspirent d’autres entreprises françaises et créent un esprit d’émulation partout dans le monde pour le bien de la planète.


Par Baptiste.casnedi