En marge de l’organisation des prochains Jeux Olympiques d’été à Paris, la question de la cybersécurité a été récemment abordée lors d’une table ronde. Le géant chinois Alibaba a eu les faveurs du CIO (Comité International Olympique) et s’est vu attribuer la gestion ainsi que la protection des données pour ces olympiades parisiennes. Un choix qui n’a pas fait que des heureux et qui soulève de nombreuses questions.
Pourquoi Alibaba ?
En effet Alibaba, mastodonte chinois du commerce en ligne, se trouve être l’un des prestigieux sponsors du CIO et de surcroît l’un des partenaires de Paris 2024. Thomas Collomb, le directeur délégué à la sécurité du comité d’organisation de ces Jeux avoue qu’il est « très compliqué pour un comité d'organisation d'écarter un partenaire du CIO. Il ne peut pas le faire d'initiative sauf à ce qu'il y ait des pressions étatiques très fortes qui justifient de pouvoir écarter un partenaire ».
Atos étant également un sponsor privilégié du CIO (depuis 1992), le directeur des activités Big Data et sécurité de l’entreprise française de services du numérique a publiquement montré son inquiétude :
« Est-ce que la cybersécurité proposée par Alibaba est compatible avec les recommandations, la volonté du gouvernement français de protéger un certain nombre de données, de processus, liés aux Jeux ? »
Cela étant dit, Atos déclare avoir déjà migré toutes ses applications critiques sur Alibaba pour préparer Paris 2024.
Le numérique prend de plus en plus d’ampleur pour ce type d’évènement et lors des Jeux de Tokyo 2020, reportés en 2021, la numérisation de l’évènement a atteint son paroxysme. Certes, la crise sanitaire y est pour beaucoup mais tout porte à croire que les instances concernées fourniront encore plus d’efforts en faveur de la digitalisation. Tout cela ne fera qu’exacerber le risque cyber autour des Jeux. Le cloud sera le volet le plus sollicité dans ce nouveau standard.
Quid de la souveraineté numérique ?
Ziad Khouriy, le Coordinateur national pour la sécurité des JO de 2024 a expliqué que son équipe aura plusieurs jours d’échanges avec Alibaba pour soulever plusieurs interrogations. Il a ensuite rajouté qu’ « Il y a un sujet de protection des données avec la réglementation européenne. C'est un sujet assez compliqué et qui ne va pas de soi. Il va falloir l'approfondir très rapidement avec le monde olympique, pour voir un peu comment on fait en fonction de toutes les contraintes ».
Qu’en est-il alors de la souveraineté numérique (européenne) que l’on prônait allègrement depuis quelques années ? Le même Coordinateur a avoué être « attaché à cette idée » ainsi qu’à la « valorisation du savoir français » mais visiblement, cela ne suffit à faire pencher la balance en faveur d’un acteur français ou du moins européen.
L’idée d’un transfert de données hors de l’Union Européenne fait grincer des dents. On redoute notamment l’implication du gouvernement chinois dans cette histoire. Dans tous les cas, cette décision va à contre-sens du projet de souveraineté numérique et décrédibilise fortement le concept.



