Depuis quelques années, l’Union Européenne travaille sur un projet de cloud souverain. Un vaste projet censé booster la compétitivité du vieux continent sur la sphère tech d’une part et permettre de garder les données des Etats-membres de l’UE sur le sol européen d’autre part. Si au début, on pensait que ce projet allait mettre les GAFAM, le Cloud Act et les BATX sur la touche, les récents évènements vont dans le sens contraire car plus que jamais, le monopole du Cloud se confirme et se renforce.
Promesse non maintenue ou partie remise ?
Au cours des derniers mois, l’espoir a laissé place à la désillusion. Les gouvernements et les acteurs majeurs censés porter le projet se sont alliés aux géants du web. L’Etat français et plus récemment, Thales, le spécialiste de la cyberdéfense, entre autres ont signé un accord avec des entreprises comme Microsoft ou encore Google. Grâce au Cloud Act, cela signifie que ces données sont à la portée des autorités américaines.
Pourquoi pactiser avec les Américains alors que l’idéal dont tout le monde faisait l’apologie consistait à mettre en place le très attendu cloud souverain ? Le Président de la République est l’un des premiers à y répondre en parlant du retard prix par le projet en déclarant :
"Est-ce que nous aurons un cloud totalement souverain à 5 ans ? Non, je crois que ce n'est pas vrai parce qu'on a pris beaucoup de retard et parce que la différence d'investissement entre la place européenne et la place américaine, c’est un facteur 10 chez les acteurs privés".
Le réalisme affiché par le Chef d’Etat n’est pas très rassurant et malheureusement, il n’est pas le seul à voir les choses ainsi. Comme le confirme Arnaud de Bermingham, le patron de Scaleway qui claque la porte du projet Gaia-X :
« Nous préférons nous concentrer sur notre vélocité et sur notre capacité à recruter les meilleurs talents plutôt que d'user le temps de nos ingénieurs dans des groupes de travail qui sont très largement aux mains des acteurs dominants et qui font en sorte que tout aille très lentement ou soit très complexe".
La France et l’UE affichent leurs ambitions sur le domaine du cloud
Très loin d’accuser le coup, huis grandes entreprises françaises spécialisées dans le cloud ont manifesté leur volonté de collaborer avec l’Etat malgré ce changement de vision. Ce sont Atolia, Jalios, Jamespot, Netframe, Talkspirit, Twake, Whaller et Wimi. Elles se sont notamment proposées comme des alternatives à Microsoft 365 (ex Office 365). Ces entreprises françaises ne sont pas en relation avec des partenaires extramuros et déclarent toutes être opérationnelles de suite.
En outre, l’Union Européenne pense sérieusement à rattraper son retard face au gain de terrain du GAFAM. Pour accélérer sa compétitivité, Bruxelles va relancer la production de semi-conducteurs. La Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen d’expliquer que :
« Oui, il s’agit d’une tâche ardue. Et je sais que certains pensent que c’est inatteignable. Mais ils disaient la même chose de Galileo il y a 20 ans. Et aujourd’hui, les satellites européens fournissent un système de navigation à plus de 2 milliards de smartphones dans le monde. Nous sommes des leaders mondiaux. Alors faisons à nouveau preuve d’audace, cette fois dans les semi-conducteurs ».
En effet, la compétitivité est un levier de croissance économique et de cyber-sécurisation dans la mesure où elle permettra de s’affranchir de ces multinationales.
Comment font les autres pays ?
Monaco vient de lancer son propre service cloud. La principauté veut s’assurer que ses données ne migrent pas hors du Rocher. Cela étant dit, le cloud souverain monégasque reste en partie GAFAM-dépendant. En effet, Monaco Cloud ne peut satisfaire que 95% des demandes de ses clients. Ceux qui ont besoin d’une puissance de calcul supérieure se verront attribuer des ressources appartenant à Amazon Web Services (AWS). Ce qui signifie qu’une partie des données monégasques seront hébergés par une entreprise américaine, qui rappelons-le, est soumise au Cloud Act.
Les GAFAM sont présents partout et n’ont qu’une chose en tête : s’imposer comme la référence cloud au détriment des acteurs locaux. En Suisse, le Conseil Fédéral a aussi pour ambition de lancer un cloud souverain suisse. Pourtant, les choses ne se passent pas comme elles le devraient chez nos voisins helvètes. En effet, le conseil Fédéral a publié un appel d’offre pour trouver les entreprises qui porteront le projet. L’ennui, c’est que les conditions prévues par le cahier de charge sont tout simplement impossible à remplir pour des entreprises locales. Cinq enseignes ont été retenues par la Confédération, à savoir Amazon, IBM, Oracle, Microsoft et Alibaba, soit quatre firmes américaines et une chinoise !
Cela a provoqué le mécontentement des entreprises suisses, disqualifiées d’entrée. En effet, le cahier des charges exigeait une infrastructure cloud digne d’une multinationale. Il faut être en possession de serveurs répartis sur trois continents différents pour être éligible.
Cela a poussé les chercheurs et les entrepreneurs suisses à se liguer et à mener une initiative populaire pour mettre la pression sur les dirigeants. Reste à savoir ci ces derniers accepteront de revenir en arrière pour tourner le dos à ces géants du cloud.



